Atelier de lancement de Jamana Yaam : trois jours pour poser les fondations de la plateforme

Du 8 au 10 avril 2025 à Ouagadougou, l'atelier de lancement de Jamana Yaam a installé le comité scientifique et retenu trois thématiques de recherche.

Une plateforme de production de savoirs ne se décrète pas : elle se construit, autour d’une table, par des choix discutés puis assumés collectivement. Du 8 au 10 avril 2025, à l’Hôtel Prestige de Ouagadougou, la plateforme Jamana Yaam — « Intelligence(s) du pays » en bambara/dioula et en mooré — a tenu son atelier de lancement. Trois jours durant, les membres de son comité scientifique, venus du Burkina Faso et de la sous-région, ont posé les fondations de l’instance appelée à éclairer la refondation de l’État burkinabè par la recherche et le dialogue.

Animée par le NIMD (Netherlands Institute for Multiparty Democracy) dans le cadre du programme PRECIP-BF financé par l’Union européenne, la rencontre poursuivait un objectif précis : s’accorder sur les missions du comité scientifique, choisir les thématiques des premières études et arrêter un calendrier de travail. Retour sur un atelier fondateur.

Trois jours pour passer de l’intention à la méthode

La cérémonie d’ouverture a été lancée par Célia Dédé d’Almeida, coordinatrice Sahel du NIMD, qui a souligné l’importance d’une telle plateforme dans le contexte que traversent le Burkina Faso et, plus largement, la sous-région. Après un tour de table de présentation, les travaux sont entrés dans le vif avec deux communications de cadrage.

Bouraima Pafanam, chargé de projet de la plateforme, a d’abord présenté le PRECIP-BF. Il a rappelé que le pays connaît de profondes mutations, marquées par des défis qui pèsent sur la citoyenneté et la gouvernance, et que le programme entend y répondre par une approche innovante et inclusive, en accompagnant les actions déjà engagées par les autorités. Déployé sur dix-huit mois, le PRECIP-BF vise à renforcer la culture citoyenne et le dialogue multi-acteurs : former 180 jeunes issus des 13 régions du Burkina Faso, soutenir leurs initiatives citoyennes, créer un cadre structuré d’échanges entre chercheurs, décideurs et citoyens, et mettre en place la plateforme Jamana Yaam.

Dramane Kiogo, chargé de programme du NIMD au Burkina Faso, a ensuite détaillé les objectifs de la plateforme et les mécanismes de son fonctionnement. Présent au Burkina Faso depuis 2020, le NIMD prolonge ainsi son programme « The Power of Dialogue » par un engagement centré sur la recherche et l’éducation citoyenne pour la paix.

Jamana Yaam, un espace de savoirs et de dialogue

Jamana Yaam se veut un espace de production de connaissances, de dialogue multi-acteurs et de réflexion collective au service de la paix au Burkina Faso et dans le Sahel. L’atelier a permis d’en réaffirmer les grandes finalités :

  • faciliter la collaboration entre intellectuels d’horizons divers — universitaires, experts, jeunes chercheurs et acteurs publics ;
  • encourager la production d’études de contexte et de notes d’analyse sur les dynamiques sociopolitiques, sécuritaires et économiques du pays ;
  • créer une passerelle entre intellectuels, acteurs civiques et politiques et jeunes formés à l’École de la Citoyenneté (ECIT) ;
  • organiser des dialogues multi-acteurs et des forums, à l’échelle nationale comme régionale, à partir des connaissances produites.

Pour garantir la rigueur de cette ambition, un comité scientifique réunissant des experts nationaux et internationaux a été constitué. Son bureau, exclusivement composé de membres résidant au Burkina Faso, comprend une présidence, deux vice-présidences et deux postes de rapporteur. Les échanges qui ont suivi les présentations ont aussi porté sur l’implication des institutions publiques — ministère en charge de la Justice, Primature, Assemblée législative de transition — et sur l’intérêt manifesté par le PNUD et la Fondation Hirondelle à collaborer avec le programme.

Choisir les sujets : une réflexion en trois groupes

Le cœur de l’atelier a été une session réflexive en sous-groupes. Introduite par une analyse sommaire du contexte national et sous-régional présentée par Bouraima Pafanam, elle a réparti les participants en trois groupes, chargés d’identifier deux thématiques d’étude à l’échelle nationale et une à l’échelle régionale, chacune assortie de questions de recherche.

Les pistes explorées se sont nettement recoupées. Le premier groupe a travaillé sur la culture citoyenne, la gouvernance inclusive et les dynamiques d’intégration régionale. Le deuxième a placé la jeunesse au centre de la refondation politique et institutionnelle. Le troisième a croisé développement inclusif, rôle des jeunes et relations régionales. De cette convergence est née, en séance plénière, une feuille de route partagée.

Trois thématiques pour éclairer la refondation

Au terme des restitutions, les participants ont retenu trois thématiques qui structureront les premières études de la plateforme :

  • La culture citoyenne dans un contexte de refondation. Question de recherche : quelles valeurs et normes sociales — entre traditions et modernité — et quels déterminants pour une citoyenneté active dans un Burkina Faso refondé ?
  • La synergie d’action des légitimités au service du renouveau de la gouvernance. Question de recherche : comment articuler les modèles de gouvernance traditionnelle et élective pour bâtir une gouvernance à la fois inclusive et efficace ?
  • Les dynamiques de l’intégration régionale dans un contexte de bouleversement géopolitique. Question de recherche : quel partenariat pour le nouveau modèle politique des États du Sahel ?

Ces trois axes — type de citoyen pour le Burkina refondé, synergie des légitimités et recomposition géopolitique — dessinent un programme de recherche ancré dans les questions vives du moment, du débat sur le rôle des chefferies coutumières à celui sur les relations entre l’Alliance des États du Sahel et les autres organisations régionales.

Un comité scientifique recentré sur l’assurance qualité

L’atelier a également servi à examiner la note d’orientation appelée à encadrer le fonctionnement du comité scientifique. La discussion a été franche : les participants ont relevé que certaines tâches initialement confiées au comité — la supervision de la formation des enquêteurs ou la rédaction des termes de référence des études — relevaient plutôt de l’équipe projet.

Le rôle du comité a donc été recentré sur l’assurance qualité : valider le cadrage des études et des notes d’analyse, garantir la qualité scientifique des productions, sans s’immiscer dans la programmation opérationnelle des activités, qui revient à l’équipe du NIMD. Plusieurs garde-fous ont été adoptés, dont un délai minimum de 72 heures pour la convocation des réunions et l’exigence de l’avis de l’ensemble des membres pour toute validation de document partagé.

Les participants ont enfin désigné, à l’unanimité, le bureau du comité : le Pr Léon Sampana à la présidence, Cheickna Yaranangoré, représentant pays du NIMD, et la Pr Zara Dao aux vice-présidences, Bouraima Pafanam et Oswald Augias Kambiré aux fonctions de rapporteur.

Planifier les études, les dialogues et les rendez-vous

Dernier grand chantier de l’atelier : le calendrier. Pour gagner du temps, les participants ont recommandé de lancer les trois études simultanément. Les « études contextuelles » ont été rebaptisées « études thématiques », afin que les chercheurs puissent aborder les problématiques de façon plus ouverte, sans s’enfermer dans une lecture strictement contextuelle.

L’atelier a insisté sur un principe : les études doivent directement alimenter les dialogues. Chaque chercheur produira, en complément de son rapport, une note de synthèse sous forme de note d’analyse. La mise à disposition rapide des termes de référence a été demandée, condition d’un retour diligent du comité et d’un démarrage effectif des travaux.

Côté dialogues, les participants ont plaidé pour des formats ciblés, en petits groupes, avec des publics identifiés en amont, et pour des rencontres qui fassent le lien entre résultats d’études, recommandations et acteurs concernés. La création d’un groupe de travail en ligne a été suggérée pour fluidifier le suivi, tandis que le site internet de la plateforme était annoncé en cours de construction.

Une clôture tournée vers l’impact

La cérémonie de clôture, le troisième jour, s’est tenue en présence de représentants des ministères et institutions, de la délégation de l’Union européenne, de l’ambassade du Royaume des Pays-Bas, de légitimités coutumières et de personnes ressources. La coordinatrice Sahel du NIMD y a insisté sur la nécessité de fonder les décisions publiques sur des données scientifiques solides, particulièrement dans le contexte de refondation que connaissent les États du Sahel.

Le président du comité scientifique a rappelé que l’instance réunit des personnalités reconnues pour leur expertise et leur engagement, et que ses travaux s’inscrivent dans une dynamique de recherche-action : les études déboucheront sur des plaidoyers et sur des modules de formation destinés aux jeunes. À une question sur les jeunes non scolarisés, il a été précisé que des contenus culturels spécifiques, intégrant les langues locales, leur seront consacrés. L’atelier s’est achevé sur un engagement collectif en faveur de la réussite du projet.

Repères de l’atelier

  • 3 jours de travaux, du 8 au 10 avril 2025 à Ouagadougou ;
  • 13 membres au comité scientifique, dont 6 internationaux ;
  • 3 thématiques d’études retenues, dont 1 à l’échelle régionale ;
  • 6 notes d’analyse prévues sur les 18 mois du programme ;
  • 1 bureau de 5 membres : 1 présidence, 2 vice-présidences, 2 rapporteurs ;
  • 72 heures : délai minimum de convocation des réunions du comité.

En trois jours, l’atelier de lancement a transformé une intention en méthode : un comité installé, un rôle clarifié, trois thématiques arrêtées et un calendrier partagé. C’est sur ces fondations, posées à Ouagadougou en avril 2025, que la plateforme Jamana Yaam a commencé à produire les savoirs et les dialogues qui accompagnent la refondation de l’État burkinabè.

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Publié sous licence CC BY-NC-SA 4.0. Reprise bienvenue avec mention de la source.

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