Dans son classement mondial 2026 de la liberté de la presse, Reporters sans frontières (RSF) situe le Burkina Faso au 110e rang, en recul de cinq places, avec un score de 48,52 sur 100. Ce résultat invite à une lecture posée d’une année marquée par des évolutions réglementaires et par des tensions récurrentes entre impératifs de sécurité et exercice du journalisme.
Ce que mesure le classement
L’indice de RSF agrège plusieurs dimensions : contexte politique, cadre juridique, conditions économiques, environnement sécuritaire des journalistes et indicateurs socioculturels. Un recul au classement ne signifie pas nécessairement une dégradation brutale sur chacun de ces axes ; il reflète une position relative, comparée à celle des autres pays évalués. Pour le Burkina Faso, RSF pointe principalement un environnement contraint pour le travail de presse.
Un nouveau cadre juridique
Sur le plan réglementaire, l’année a été marquée par l’adoption, en conseil des ministres le 30 juillet 2025, d’un projet de code de la presse et de la communication audiovisuelle. Un cadre juridique actualisé peut, selon son contenu et son application, sécuriser l’exercice du métier comme le restreindre ; son évaluation suppose d’en observer la mise en œuvre concrète, au-delà de l’annonce.
Sécurité nationale et accès à l’information
Les autorités de transition justifient l’encadrement de la communication par des impératifs de sécurité nationale, dans un pays confronté depuis des années à une crise sécuritaire majeure. Dans ce cadre, l’accès à plusieurs médias internationaux a été suspendu ; RSF fait état d’un nombre cumulé de médias étrangers visés par des mesures de restriction. Plusieurs organisations de défense de la presse ont par ailleurs documenté des suspensions de médias nationaux et des situations préoccupantes pour des journalistes.
Le débat oppose ici deux exigences que les transitions sécuritaires rendent particulièrement difficiles à concilier : la protection de l’information sensible en contexte de conflit, d’une part, et le droit du public à une information pluraliste, d’autre part. Le présenter comme un simple affrontement ne rendrait pas justice à sa complexité.
Une fragilité économique structurelle
Au-delà du cadre politique, la presse burkinabè fait face à des difficultés économiques anciennes. La contraction des recettes publicitaires, accentuée depuis la crise sanitaire, fragilise les rédactions, limite les moyens d’enquête et pèse sur l’indépendance des titres. Cette dimension économique, moins visible que les décisions administratives, conditionne pourtant durablement la vitalité du secteur.
Ce qu’il faut suivre
Trois points méritent attention dans les prochains mois : l’application effective du nouveau code de la presse ; l’évolution des conditions de travail des journalistes, nationaux comme étrangers ; et les modèles économiques susceptibles de consolider des rédactions viables. Jamana Yaam continuera de documenter ces questions de manière factuelle et équilibrée.
Pour aller plus loin
- Reporters sans frontières — Burkina Faso, mesures de restriction visant des médias
- « Liberté de la presse au Burkina Faso » — synthèse documentaire
- Le Pays — « Situation des médias au Burkina »
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