Refonder l’État, redéfinir le citoyen : Jamana Yaam enquête sur la culture citoyenne

Avec « La refondation du Burkina Faso au prisme d'une culture citoyenne redéfinie », la plateforme Jamana Yaam consacre sa première étude thématique au type de citoyen sur lequel peut s'appuyer la refondation de l'État.

Une refondation de l’État ne se joue pas seulement dans les textes et les institutions. Elle se joue aussi, et peut-être d’abord, dans la manière dont les citoyens se pensent, se relient les uns aux autres et participent à la vie publique. C’est ce pari qui fonde la première étude thématique de la plateforme Jamana Yaam : « La refondation du Burkina Faso au prisme d’une culture citoyenne redéfinie ».

Inscrite dans le programme PRECIP-BF — Programme de Recherche et d’Éducation Citoyenne pour la Paix au Burkina Faso, porté par le NIMD avec le concours de l’Union européenne —, cette étude part d’une conviction simple : aucune transformation durable de l’État ne tiendra sans un nouveau type de citoyen, conscient de ses droits comme de ses devoirs, engagé dans la vie publique et porteur de valeurs de tolérance, de redevabilité et de solidarité. En faisant de la culture citoyenne son premier chantier de recherche, le comité scientifique de la plateforme place le citoyen au cœur du débat sur la refondation.

Une crise qui interroge le lien entre l’État et le citoyen

Le point de départ de l’étude est un constat largement partagé. Depuis plusieurs années, le Burkina Faso traverse une crise multidimensionnelle : instabilité sécuritaire, affaiblissement de certaines institutions, fragilisation du vivre-ensemble dans un pays profondément pluriel sur les plans ethnique, religieux, culturel et social.

Cette crise a une conséquence moins visible que les violences, mais tout aussi préoccupante : une érosion du lien civique. Elle se traduit par une défiance croissante envers l’État, une tentation du repli communautaire et identitaire, une faible participation à la vie publique, une méconnaissance des droits fondamentaux et une marginalisation persistante des jeunes et des femmes dans les espaces de décision. Les termes de référence de l’étude évoquent une véritable « pathologie » des rapports entre l’État et la société — une formule forte, qui dit l’urgence de reconstruire la confiance.

C’est précisément à cette reconstruction que la refondation de l’État entend répondre. Mais elle ne saurait se limiter à des réformes institutionnelles ou à des ajustements techniques : elle suppose une transformation des rapports entre les citoyens et les institutions, fondée sur la responsabilité, la participation et l’appropriation des processus publics.

Pourquoi « redéfinir » la culture citoyenne ?

Le titre de l’étude assume un mot délicat : redéfinir. Il ne s’agit pas de décréter d’en haut ce que devrait être le « bon citoyen », ni de plaquer un modèle importé sur la société burkinabè. Il s’agit de questionner en profondeur les formes de citoyenneté réellement pratiquées aujourd’hui, et d’identifier celles qui méritent d’être promues dans le cadre d’un Burkina Faso refondé.

Cette démarche suppose de revenir au concept lui-même. Que recouvrent les notions de « citoyen » et de « citoyenneté » dans la littérature scientifique ? Comment sont-elles comprises, vécues et nommées localement, dans les langues et les pratiques des communautés ? L’étude fait l’hypothèse qu’une culture citoyenne solide ne s’importe pas : elle s’enracine dans des valeurs communes et situées, capables d’articuler les héritages et la modernité.

Une question centrale, quatre pistes de recherche

L’étude est organisée autour d’une question principale : comment la promotion de la citoyenneté, dans un contexte de crise sécuritaire, contribue-t-elle à la refondation de l’État du Burkina Faso ? Quatre questions subsidiaires en précisent les contours :

  • Quelles sont les causes de l’érosion de la citoyenneté ?
  • Comment la dimension genre participe-t-elle de la redéfinition de la citoyenneté au Burkina Faso ?
  • Quels déterminants et quelles valeurs promouvoir pour une citoyenneté active, au service d’un Burkina Faso nouveau ?
  • Quelle est la plus-value d’une éducation à la citoyenneté dans un contexte de crise sécuritaire ?

Derrière ces questions, un objectif : cerner les fondamentaux d’une culture citoyenne adaptée au moment que vit le pays, et dégager des approches concrètes pour renforcer le vivre-ensemble et la cohésion sociale.

Genre et jeunesse : deux angles assumés

L’étude ne traite pas la citoyenneté comme une catégorie abstraite et indifférenciée. Elle choisit de regarder, en particulier, deux groupes dont la place dans les processus publics demeure fragile : les femmes et les jeunes.

La dimension genre est posée comme une entrée à part entière : non pas un chapitre annexe, mais une clé de lecture de la citoyenneté elle-même. De même, l’engagement civique des jeunes — leur participation au dialogue, à la gouvernance, aux questions de sécurité et de cohésion — fait l’objet d’une évaluation spécifique. Dans un pays où la jeunesse constitue la majorité de la population, une refondation qui ne l’embarquerait pas manquerait son principal levier d’adhésion.

De la salle de classe à l’espace public

La question de l’éducation à la citoyenneté traverse toute l’étude. Elle fait écho à des réformes déjà engagées par les autorités burkinabè. Depuis la rentrée 2024-2025, la révision des curricula a réintroduit l’éducation civique dans les programmes du post-primaire, du secondaire et de l’enseignement technique et professionnel. Et depuis mai 2025, une immersion patriotique obligatoire d’un mois est prévue pour les nouveaux bacheliers, autour de modules consacrés notamment à la nation, au vivre-ensemble, aux relations internationales et à la sociologie du Burkina Faso.

Ces dispositifs reposent sur une idée que l’étude entend mettre à l’épreuve : l’éducation à la citoyenneté est d’autant plus efficace qu’elle ne se limite pas à des savoirs transmis dans les manuels, mais offre l’occasion d’expérimenter concrètement l’engagement civique. Mesurer la plus-value de cette éducation, dans un contexte de crise, est l’un des apports attendus de la recherche.

Une enquête de terrain dans trois régions

Pour ne pas en rester aux concepts, l’étude s’appuie sur une enquête de terrain. Elle mobilise une équipe pluridisciplinaire et une méthodologie combinant revue de la littérature, entretiens, focus groups et enquêtes auprès d’une diversité d’acteurs : citoyens, autorités locales, organisations de la société civile, jeunes et femmes.

Le terrain couvre trois régions, qui correspondent aux zones d’intervention du PRECIP-BF : le Centre, le Centre-Ouest et les Hauts-Bassins — soit, notamment, les pôles de Ouagadougou, Koudougou et Bobo-Dioulasso. Ce choix permet de croiser des réalités urbaines et rurales et de confronter les perceptions de la citoyenneté à la diversité des territoires.

Des savoirs faits pour le dialogue

La vocation de l’étude n’est pas de rester sur une étagère. Conformément à la démarche de recherche-action de la plateforme, ses résultats sont destinés à nourrir le débat public : ils alimenteront des dialogues multi-acteurs, des tables rondes et des débats publics réunissant chercheurs, décideurs et société civile.

L’étude donnera lieu à un rapport détaillé, accompagné d’un résumé exécutif et d’une note de synthèse pensée pour les décideurs. C’est tout l’esprit de Jamana Yaam — « Intelligence(s) du pays » : faire circuler la connaissance entre l’amphithéâtre, l’administration et la place publique, pour que la refondation s’appuie sur des données solides autant que sur une adhésion citoyenne.

Repères de l’étude

  • Titre : « La refondation du Burkina Faso au prisme d’une culture citoyenne redéfinie » ;
  • 1 question principale de recherche et 4 questions subsidiaires ;
  • 4 objectifs spécifiques, du concept de citoyenneté à l’engagement des jeunes et des femmes ;
  • 3 régions d’enquête : Centre, Centre-Ouest et Hauts-Bassins ;
  • 1re des 3 études thématiques retenues par le comité scientifique de la plateforme ;
  • Des livrables conçus pour le débat public : rapport, résumé exécutif et note de synthèse.

En consacrant sa première étude thématique à la culture citoyenne, Jamana Yaam pose une question qui dépasse le seul champ académique : quel citoyen pour le Burkina Faso refondé ? La réponse ne se trouvera pas dans un rapport, mais dans la conversation que ce rapport entend ouvrir.

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